« Pourquoi être allé chez PPDA | Page d'accueil | Pourquoi ne pas voter Sarkozy »

10.03.2007

Le programme économique

Charles de Courson : «La relance économique est un gag» (vidéo marianne2007.info)
Charles de Courson, député de la Marne et fiscaliste de l'UDF, répond aux questions de Marianne2007.info sur le chiffrage du programme de François Bayrou.

Sur le chiffrage des programmes et la pertinence de ce chiffrage :
Nous devons êtres les seuls à être d'accord avec le chiffrage que fait l'Institut de l'entreprise du programme de François Bayrou. (…)
On a eu des discussions musclées : en face des 27 milliards (de dépenses) il y a 27 milliards d'économie (…). Donc nous avons un programme équilibré (…) Je constate que le PRG, tel qu'on le connaît, de Ségolène Royal comme de Nicolas Sarkozy, est à peu près d'une bonne soixantaine de milliards. Il n'y a aucune recette dans le programme de Ségolène Royal. Initialement, il y avait 15 milliards du temps de mon homologue Eric Besson. Mais maintenant, il est interdit de parler d'éventuelles recettes parce que, augmenter des impôts, ça fâche, paraît-il. Or il faudra les augmenter si vous faites 60 milliards de dépenses supplémentaires.
En ce qui concerne Nicolas Sarkozy, il y a 8 milliards de recettes, que je conteste. 3 milliards sont liés à la réforme des régimes spéciaux, or, à l'UDF, nous ne comptabilisons pas de recettes sur ce sujet car il s'agit d'une réduction de la hausse des déficits. Quant aux 5 milliards qui restent, ils sont liés à la déclaration intenable de Nicolas Sarkozy qui dit que pendant 5 ans il ne remplacera qu'un fonctionnaire sur deux. Au bout de 5 ans, ça fait 220 000 suppressions d'emplois. Ca veut dire une baisse de 10% du nombre de fonctionnaires de l'Etat. C'est impossible et incohérent alors que Nicolas Sarkozy dit qu'on ne touchera pas à la Défense, ni à l'Education nationale, ni à la police, et qu'on augmentera le budget de la Justice. Où abat-il 220 000 emplois ?

Sur le fait que l'OFCE conteste ce type de chiffrage :
Je me suis beaucoup opposé aux économistes de l'OFCE. Ce qu'ils disent est inacceptable. Une démocratie sérieuse est une démocratie dans laquelle les électeurs ont le droit de savoir quel est le chiffrage des propositions faites par les différents candidats, et comment on les finance. La relance économique est un gag. Dans une France mondialisée, dans laquelle près de 40% de la consommation intérieure vient de l'importation, quand vous relancez la consommation intérieure, vous n'avez pas d'effet multiplicateur mais un effet d'aggravation du déficit commercial. Ceci ne marche que dans une économie fermée ou avec une économie extrêmement compétitive. Ce n'est pas l'économie de la France.

Dire que quand on distribue du pouvoir d'achat, ça va relancer la croissance c'est un mythe keynésien d'une économie fermée, et ce n'est plus le cas de la France. Donc ces économistes de l'OFCE font vraiment une œuvre malfaisante ! (…) J'ai eu des débats durs avec ces économistes. Je leur ai dit qu'ils contribuaient au discrédit de la politique et à l'absence totale de sérieux.

Sur la TVA sociale :
Nous avons le plus haut niveau de protection sociale dans le monde. Comment est-il financé ? Par des impôts sur le travail. Ca veut dire que les produits importés en France ne contribuent pas au financement de la protection sociale mais que, par contre, les produits exportés par la France supportent, eux, un coût très élevé. L'idée (est) de dire qu'on augmente le taux de TVA, on peut baisser les taux de cotisation sociales sur le travail. Ca veut dire que les prix de revient dans les entreprises seront plus bas. (…) Ca va booster nos exportations et freiner nos importations (…) Je pense qu'un tel mécanisme ne peut marcher qu'à un certain nombre de conditions qui ne sont pas réunies. Il faut que les partenaires sociaux et les différents partis politiques se mettent d'accord et que tout le monde joue le jeu. Il faut un accord national. François Bayrou a lancé le débat pour réformer le mode de financement de la protection sociale. Et il a proposé 3 voies :
-La taxe carbone, mais pas dans un cadre national, dans un cadre européen. (…) Ca prendra deux à trois ans minimum, ça nous amène en 2008-2009.
-La TVA sociale.
-Un basculement entre les cotisations sociales et la CSG.
Pour le moment, François Bayrou pense qu'il faut lancer le débat avec une réunion des différentes forces politiques et sociales.

Sur les doutes émis par certains internautes de Marianne2007.info qui craignent que les deux emplois sans charge deviennent des trappes à bas salaire :
Si les entreprises augmentent de deux leur nombre de salariés, ces emplois seront exonérés de charges patronales. Ca fait une baisse de 19% du coût du travail. (…) Mais sur la trappe à bas salaire, la réponse est non. (…) Ces emplois ne vont pas modifier les accords sur les salaires dans l'entreprise ou dans la branche. De plus, il n'y a pas de plafond. C'est pour tous les types d'emplois, pas seulement pour des emplois au Smic. Naturellement ceux qui en bénéficieront le plus, ce sont les gens qui sont entre le Smic et 1,4 Smic, Pourquoi ? Parce que les embauches en moyenne en France se font à 1,3 Smic. Donc ce sont les travailleurs pauvres qui en bénéficieront.

Est-ce que la réduction de l'Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) que vous proposez et le fait que l'UDF ait renoncé à taxer les outils de travail ne favorisent pas les plus aisés ?
L'ISF est très critiqué parce qu'il incite à la délocalisation de centaines de fortunes moyennes et grandes et à la délocalisation de gens qui ne sont pas encore imposables mais qui pourraient le devenir. A la différence de Nicolas Sarkozy, qui propose de supprimer l'ISF, François Bayrou (propose) de conserver l'ISF à taux faible. (..) L'exonération de l'outil de travail profite aux plus riches. (…) Mais François Bayrou s'est heurté lors des discussions avec les milieux patronaux à un discours qui dit « actuellement on est exonérés et maintenant on va être taxé ». François Bayrou répondait : « oui mais à un taux beaucoup plus faible ». (…) Donc il reconnaît que la priorité est d'éviter la fuite d'une partie des fortunes françaises.i[

Mardi 06 Mars 2007
Propos recueillis par Anna Borrel et François Vignal