04.06.2007

INTERVENTION DE F.BAYROU A MILIZAC


On annonce ce matin que l'UMP pourrait avoir 4/5è des sièges à l'Assemblée Nationale. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que serait la situation d'un pays dans lequel une seule force tiendrait tous les leviers de commandes sans aucune exception, et à l'intérieur de son parlement, de son assemblée nationale, maîtriserait 4/5è des sièges. Ca veut dire qu’ aucun débat ne pourrait avoir lieu, ne pourrait être mis en place devant les citoyens, pour que chacun puisse se faire une opinion, et pour que les Français puissent peser sur les décisions à prendre.

Je vais prendre deux ou trois exemples parmi les décisions immédiates que l'on nous annonce.
On nous annonce des franchises en matière de sécurité sociale, c'est-à-dire qu'il serait décidé que des sommes relativement importantes ne seraient plus remboursables aux familles lorsqu'elles engageraient les premières dépenses de santé de l'année.
Ces sommes, 40, 50, 60, 75, 80 €, on ne sait pas encore à quel niveau elles vont se situer, vont avoir une conséquence très importante, qui est une conséquence sociale.
Il y a des familles bien entendu pour lesquelles ces sommes ne sont pas déterminantes, mais il faut que nous ayons conscience qu'il existe des familles pour lesquelles le budget est bouclé à l'euro près.
Les femmes seules qui élèvent des enfants n'ont pas de gros salaires, n'ont pas de revenus importants. Il y a des personnes âgées, beaucoup de familles pour lesquelles 40, 50, 80 euros sont des sommes très importantes.
Ce qui se passera inéluctablement, si l'on n’y fait pas attention, c'est que, plutôt que d'avoir la honte d'avouer au médecin que l'on n'a pas de quoi le payer, ces personnes éviteront de consulter.

Est-ce que cela ressemble au visage que nous voulons de la France?

Je pense que non.

Est-ce que cela bouchera le trou de la sécurité sociale ?

Je suis sûr que non.

Parce que ce ne sont pas ces familles qui grèvent le budget de la sécurité sociale. Si l'on veut vraiment toucher à la surconsommation médicale, ce n'est pas la première visite qu'il faut viser, parce qu'une fois la première visite passée, la franchise payée, ceux-là auront le sentiment que l'on peut dépenser autant que l'on veut.
C'est la 16è, 17è, 20è consultation qui fonde la surconsommation médicale, pas la première.
Il faut prendre le temps de réfléchir, et de dire quelles vont être les conséquences de ces mesures.

Deuxième grande orientation.
On nous dit qu'on va supprimer la carte scolaire.
Je veux qu'on réfléchisse à Brest.
C'est très simple.
Que va-t-il se passer?
Dès lors que dans le collège chic du centre-ville, comme il en existe dans toutes les villes, il y aura 4000 demandes d’inscription pour 1000 places… ce qui va se passer est très simple : on va trier, selon les relations pour les uns, selon le dossier pour les autres.
Dès l'instant que vous organisez une sélection des élèves, vous organisez des établissements de première classe, des établissements de deuxième classe, et des établissements de troisième classe.
Et ceci est une conséquence mécanique. Je dis que cela mérite débat. Je dis que ça mérite qu'on s'y arrête, et qu'on puisse discuter de cela devant les Français parce que c'est de leur avenir et de celui de leurs enfants qu'il s'agit.

Troisième décision qui mérite débat, c'est une décision totalement inattendue, totalement surprenante parce qu'on avait promis le contraire, c'est que le gouvernement a annoncé que la lutte contre le déficit et la dette allait être mis entre parenthèses pour « un certain temps, et pas dans des petites proportions.
Je voudrais que vous mesuriez ceci.
Je ne vous accable pas de chiffres, mais je vous en donne quand même quelques-uns :
l'Etat en France dépense tous les jours 20 % de plus que ce qui rentre dans ses caisses.
Ce déficit se monte à 40 milliards d'euros.
Dans quelques jours on va en voter l’aggravation de 10 à 15 milliards d'euros.
On augmente le déficit de la France de 25 à 30 %.
Est- ce que c'est vraiment ce que l'on avait promis ?
Moi je sais que, pour avoir été un des acteurs du débat sur la dette, ce qui avait été promis par tous les candidats, c'est que l'on allait lutter contre le déficit et la dette.

Dans le même temps, il y a des orientations que je peux partager.
J'ai dit que nous allions avoir une attitude constructive.
Par exemple, je suis tout à fait prêt à accepter une orientation européenne avec un traité compréhensible par tous.
Il faut avoir un débat sur la manière de l'adopter, mais je suis tout à fait prêt à dire que ça va dans le bon sens. On verra quand ce sera prêt et écrit, mais je suis tout à fait disposé à donner mon accord, mon soutien comme parlementaire.
De la même manière s'il y a des discussions avec les écologistes, pourquoi ne pas considérer que c'est quelque chose de positif et de bien orienté.

Si nous voulons représenter les Français à l'Assemblée Nationale, alors il faut qu'il y ait des élus indépendants, c'est-à-dire des élus qui ne sont pas liés par la discipline d'un camp ou d'un autre. Des élus qui soient capables librement, les yeux dans les yeux, comme des adultes, de dire oui ou de dire non.
Et je garantis que l'équipe qui est autour de moi sur cette estrade a cette liberté de penser, cette indépendance, cette liberté de jugement, cette volonté de représenter les citoyens en disant :
« Nous approuverons quand ça ira dans le bon sens et nous considérons de notre devoir au contraire de nous opposer quand ça ira dans un sens que nous jugerons mauvais pour l'avenir de la France ».
Au fond, si vous y réfléchissez bien, cette attitude est, dans le monde politique français, une attitude originale puisque d'habitude, un camp dit toujours oui et l'autre camp toujours non quel que soit le texte !
Il n'y a pas besoin de mettre le son quand on allume la télé, quand on voit l’étiquette de celui qui parle à l'écran, on sait ce qu'il est en train de dire…
Cette attitude là, son originalité, ne vous étonnera pas, cette attitude de liberté, d'indépendance n'est pas autre chose que le devoir de parlementaire digne de ce nom.

Une étude est sortie la semaine dernière et a montré que le parlement était terriblement en perte de vitesse en France.
Pourquoi ?
Parce que l'on sait à l'avance ce qui va être dit, parce que tout le monde sait que le contrôle est tel sur les parlementaires qu'ils votent mécaniquement.
Pour moi, je suis persuadé qu'il faut que nous adoptions une autre attitude qui fasse que le citoyen sache que leurs élus ne votent plus en fonction des étiquettes : ils votent en fonction des sujets qu'on leur présente. C’est comme ça qu’ils seront les défenseurs des citoyens, et cela redonnera au parlement du crédit, une légitimité, qui est depuis longtemps égarée.
Ainsi ils seront au service des Français.

Et au fond c’est ça notre ligne dans ce grand mouvement centriste que nous voulons construire, UDF- Mouvement Démocrate, l’un à la suite de l’ autre.
C'est ça, notre ligne.

Nous voulons que les Français retrouvent les défenseurs qu’ils méritent d'avoir, non pas des élus qui sont là pour défendre le pouvoir face aux citoyens, mais des élus qui sont là pour défendre les citoyens face au pouvoir.
Et c'est notre espoir.
Je vous les présente.
Ils sont là.
Je vous les garantis sur facture…
S'ils ne font pas l’affaire je vous les rembourse !
Mais je suis sûr de leur qualité, je suis de leur loyauté, je suis sûr de leur intégrité. »

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